Billet d'humeur

[Billet d’humeur] Bientraitance, maltraitance et « au mieux »-traitance

Photo prise par Laurence Perceval à l’élevage Laurence Of Arabians. On me voit mener Bashshar en licol à noeuds : aujourd’hui, je connais les sensations désagréables que le poids du licol provoque sur la tête du cheval (du même type que quand on se cogne le coude) et je n’utiliserais plus ce licol pour un simple marche en main car la balance bénéfices/risques lui est défavorable, mais plutôt pour des manipulations demandant plus de sécurité.

Quelques définitions pour bien commencer…

Maltraitance : Mauvais traitements envers une catégorie de personnes (enfants, personnes âgées, etc.). Larousse

Bientraitance : Fait de bien traiter un enfant, une personne âgée ou dépendante, un malade, etc ; l’ensemble des bons traitements eux-mêmes. Larousse

Comment associer objectif de bientraitance avec les contraintes sociétales actuelles ?

Quand on écoute certains discours, il est impossible d’être dans la bientraitance de l’animal si on ne reproduit pas strictement ses conditions de vie « naturelle » : grands espaces disponibles, vie en petits groupes familiaux, variété des terrains disponibles, pas de manipulation…

Seulement dans notre société, à moins d’être richissime ou d’avoir l’immense chance de disposer des terrains adéquats, il est impossible d’offrir ces conditions de vie à nos chevaux. D’autant moins qu’elles entraînent d’autres difficultés : un terrain forestier augmentera le risque de morsures par les tiques, par exemple. Est-il bientraitant de mettre nos chevaux à la disposition de ce parasite pour simplement leur offrir une vie « naturelle » ? D’autant plus en prenant en compte l’évolution des tiques de plus en plus agressives et pathogènes…

De plus, cette vie sans manipulation humaine (ou très peu) pose une question essentielle : le cheval en tant qu’espèce peut-il survivre dans notre société en tant qu’animal de compagnie et non de sport ? L’humain est-il prêt à sacrifier le plaisir de l’équitation pour cette fameuse bientraitance ? Mon opinion est que non, et de tenter un changement radical aboutirait à la disparition progressive de l’espèce équine, en dehors de quelques réserves (ou zones de chasse…).

Quand on revient à la définition même de la bientraitance, on se rend rapidement compte que le concept dépend d’un jugement de valeur : qu’est-ce qui est bien ou mal ? Altérer l’environnement extérieur du cheval pour améliorer son état de santé (vermifuges, vaccins, etc), est-ce bien ou mal ? La question se pose et la réponse appartient à chacun, selon notre propre éthique personnelle.

Ma « au mieux »-traitance personnelle

Puisque le mot bientraitance est sujet à débat, je préfère mon néologisme : la « au mieux »-traitance, c’est-à-dire, traiter l’animal au mieux de nos compétences et de notre structure sociétale.

Mes critères personnels pour faire « au mieux », ce sont l’état de santé du cheval en premier, puis en second son état mental.
L’état de santé est contrôlé selon des paramètres objectifs et des variables mesurables : parasitisme, état de forme, prises de sang, etc.
L’état mental est contrôlé en mesurant le nombre de comportements négatifs adoptés par le cheval : stéréotypies, agressivité, retrait ; ainsi que les comportements positifs : interactions sociales, curiosité…

Equipée de ces deux facteurs, j’évalue l’impact de chacune de mes interventions sur chaque cheval au travers de leurs variables.
Si l’état général tend vers une amélioration, je considère avoir « au mieux »-traité ce cheval.
Si l’état général tend vers une détérioration, je le prends en compte et recherche la modification environnementale qui a pu causer cette dégradation, afin de modifier cette composante pour retrouver une amélioration de l’état général. Si je ne change pas cette composante alors que je le pourrais et que je suis consciente de l’effet qu’elle génère sur mon cheval, alors je suis effectivement dans la maltraitance.

En pratique…

C’est pour cela que mes chevaux sont parés et non ferrés : jusqu’à présent, j’ai constaté une amélioration de l’état de santé des chevaux déferrés avec un parage adapté. A l’inverse, j’ai constaté une régression de l’état de santé du cheval chez ceux qui n’avaient pas de parage régulier.

C’est pour cela que mes chevaux sont nourris au foin et complémentés : un apport en fibres suffisant, une réduction des sucres dans l’alimentation et couvrir les carences alimentaires amène une amélioration de l’état de santé des chevaux. L’herbe et le foin seuls ne sont pas capables d’apporter ces minéraux ou de contrebalancer les excès de certains éléments dans l’eau de boisson ou les sols de pâture.

C’est pour cela que mes chevaux vivent en groupe, au pré : même s’ils ne sont pas en groupe familiaux (je ne peux pas me permettre d’avoir 1 naissance par jument par an), ils vivent en groupes sociaux, avec de l’espace et des environnements aussi diversifiés que possible, puisque je loue les pâtures.

C’est pour cela que mes chevaux voient le dentiste : les études ont démontré une usure des dents même avec une alimentation constituée uniquement de fourrage, cette usure peut entraîner des douleurs et dans mon éthique de la « au mieux »-traitance, la prévention de ces douleurs par un suivi régulier d’un professionnel est essentiel. Ils voient donc aussi les thérapeutes comme l’ostéopathe et sont suivis régulièrement par un vétérinaire.

C’est pour ça que mes chevaux sont travaillés : ma philosophie d’entraînement consiste à cultiver la curiosité chez les chevaux pour les rendre plus autonomes et favoriser un rapport positif dans toutes les manipulations, qu’elles soient de l’ordre de l’entretien ou de l’équitation. Un cheval jamais manipulé comme un mustang présente des méfiances instinctives qui limite les possibilités de manipulation et de soins vétérinaires, malgré sa vie « au naturel ».

En conclusion…

On peut donc débattre sans fin de ce qui est de la bientraitance ou de la maltraitance. Dans mon système de valeurs, la maltraitance se définit comme « ne pas mettre en application des améliorations de traitement connus et/ou ne pas chercher à approfondir ses connaissances pour améliorer le traitement de l’animal ».

Quand on explique que le cheval est un animal de mouvement qui ne peut pas vivre en box sans conséquences médicales immédiates et à long terme (sans parler des conséquences psychologiques), répondre « oui mais c’est plus pratique pour moi » ou « mes chevaux ont toujours vécu comme ça et vont très bien », c’est de la maltraitance. Refuser la remise en question, c’est de la maltraitance.

Ainsi, affirmer ne pas manipuler son cheval parce qu’il vit « au naturel » et que c’est la seule possibilité de bientraitance, c’est pour mon système de valeurs fermer la porte de la remise en question et ouvrir celle de la maltraitance…

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